La quatrième parole est ainsi conçue : les voies droites. Remarquez bien comment le Seigneur y a ramené le juste. Les voies, en effet, qui mènent au royaume de Dieu sont de trois sortes : il y en a une qui est extérieure et sensible, une autre qui est purement naturelle, et enfin une troisième qui est surnaturelle et divine.
La première voie est donc extérieure et sensible ; ce sont les quatre éléments et les trois cieux auxquels Dieu a donné l'ornement convenable. Il y a là pour lui un royaume, mais tout extérieur et n'offrant qu'un vestige et une lointaine ressemblance de sa beauté (4). Ce royaume a été créé et orné pour l'utilité des hommes, afin que le voyant et le contemplant ceux-ci se montrent fidèles à Dieu, le servent avec toutes les créatures et le louent de toutes ses œuvres.
Le premier élément ou élément inférieur est la terre, que Dieu a créée et ornée d'un grand nombre d'arbres et de plantes qui portent des fruits de diverses espèces pour les besoins de l'homme. Dieu y a mis aussi toutes sortes d'animaux pour son service, le constituant maître de toutes choses.
Puis il a créé le deuxième élément, les eaux, qui parcourent et traversent la terre de mille façons et en font l'ornement. Des poissons en grand nombre et d'autres animaux y abondent, destinés à donner aux hommes une nourriture qui les purifie.
Le troisième élément est l'air, qui décore la terre et les eaux, car il est éclairé par la lumière du ciel et tout transparent. Sans la lumière matérielle, en effet, il n'y aurait ni couleur ni forme qui permette de distinguer les choses d'une façon sensible. L'air est orné à son tour de nombreuses espèces d'oiseaux qui le peuplent.
Le quatrième élément est le feu, et c'est un ornement et une source de fécondité pour la terre, l'eau et l'air ; car sans le feu, rien sur la terre, dans les eaux ou dans l'air, ne peut croître, venir à la vie, ni s'y maintenir (5).
Tels sont les quatre éléments dont toutes choses sur la terre sont faites.
Dieu a aussi créé le ciel inférieur, le firmament, qui exerce son influence sur tous les éléments. C'est par son mouvement, en effet, que toutes les créatures se meuvent, vivent et grandissent, et il a reçu pour ornement et pour lumière la splendeur et la clarté des planètes et des étoiles qui régissent la nature. Quant à la partie supérieure du firmament, elle brille et resplendit de la clarté du ciel supérieur.
Le second ciel créé par Dieu est le ciel moyen, appelé transparent, liquide ou cristallin : non pas qu'il soit de cristal, mais à cause de sa clarté. Il orne le firmament dont les hauteurs, grâce à la transparence du cristallin, brillent de la lumière du ciel supérieur. Le second ciel est tout orné de clarté et son sommet est appelé le premier mobile, parce qu'il est le point de départ et le principe de tous les mouvements du ciel et des éléments. Les planètes et la marche du ciel lui sont soumises, et toute nature corporelle opère sous son influence. Mais aucune chose créée n'a pouvoir sur la créature raisonnable, pas même le premier mobile ; car cette créature peut en elle-même surmonter l'influence des corps célestes et de tout ce qui est créé, si elle y trouve opposition à la vertu.
Enfin Dieu a créé le ciel supérieur (6), qui est une clarté pure, simple et immobile, principe, source et fondement de tout ce qui est corporel. Ce ciel comprend en lui-même tous les cieux et tous les éléments, comme dans une sphère. Il est plus large, plus profond, plus haut et plus grand que tout ce que Dieu a créé de corporel, et il a pour ornement Dieu lui-même, avec les anges et les saints. La clarté matérielle et créée, en effet, dépend d'une clarté spirituelle et incréée, qui est la haute nature de Dieu. Voyez, ce ciel, avec tout ce qu'il contient, c'est toute la création matérielle : c'est le royaume de Dieu extérieur et sensible. L'homme peut contempler et admirer l'ordre et la beauté qui y règnent, et ainsi servir et louer Dieu en toutes choses. Ses sens extérieurs lui permettent de voir et de connaître ce qui est en dessous du firmament, de même qu'il peut imaginer et apercevoir ce qui est au-dessus, au moyen des sens internes et de la raison. Mais là où finissent les cieux corporels, là aussi s'arrêtent l'imagination et les sens extérieurs ou intérieurs, car lorsqu'il n'y a plus de matière, il n'y a rien à quoi se prennent les sens : ni Dieu, ni les anges, ni les âmes ne peuvent être saisis par eux, car ils sont sans figure.
Telle est la première voie, la voie extérieure et sensible qui conduit à Dieu.