DE SIX SORTES D'HOMMES QUI NE SONT POINT EN ÉTAT DE RECEVOIR CES DONS SURNATURELS DIVINS.
Il y a six sortes d'hommes qui ne se disposent pas, comme il convient, à recevoir ces dons surnaturels divins.
La première sorte comprend tous ceux qui vivent ouvertement en péché mortel et qui se sont détournés de Dieu pour s'adonner aux satisfactions de leur corps, à l'orgueil de l'âme, au désir des richesses terrestres, en opposition avec les commandements de Dieu et l'honneur qui lui est dû. Parmi les hommes qui vivent manifestement en péché mortel, il y a : 1° ceux qui poursuivent l'honneur, l'élévation et leur propre avantage sur la terre, qui portent envie aux autres et veulent les opprimer. Puis, 2° les avares pleins de cupidité, qui voudraient avoir en propre ce que Dieu a créé pour tous et posséder eux-mêmes toute richesse, s'ils le pouvaient. Par une telle conduite, ils se montrent injustes envers Dieu, en n'usant pas de ses biens pour son service, envers eux-mêmes, en se refusant toute paix, et envers le prochain, avec qui ils ne veulent pas partager ce qui a été créé pour tous. Enfin, 3° il y a les paresseux, gourmands et impurs, tout entiers à leurs instincts comme les bêtes, lourds, grossiers et totalement dénués de lumière divine. Il est clair pour tous ceux qui veulent voir que de tels hommes vivent loin de l'amour de Dieu et n'ont avec lui rien de commun.
Parmi les païens, il en est qui n'obéissent ni à la loi naturelle ni à leur raison, mais se laissent conduire par le seul instinct de nature ; ils sont plus loin de Dieu que ceux qui vivent conformément à la raison naturelle et ils souffriront des châtiments plus sévères. Quant aux juifs, ils sont plus coupables que les païens, lorsque, méprisant tout ce qu'ils ont reçu, ils vivent comme des bêtes, sans souci pour leur loi. Ils n'ignorent rien, en effet, des commandements de Dieu et des prophéties ; ils savent les dons merveilleux accordés à leurs pères et ils ont sous les yeux les exemples de sainteté que ceux-ci leur ont laissés.
Mais les chrétiens qui se détournent de leur devoir pour servir le monde, le démon et leurs basses jouissances, sont pires que les païens ou les juifs. Ils oublient, en effet, que le Christ est mort pour les sauver, qu'il leur a laissé ses sacrements et ses dons innombrables, avec la promesse de le posséder lui-même pour une jouissance éternelle. Ils ont promis au baptême fidélité, innocence et service sans fin ; et après avoir ainsi plus reçu et promis davantage ils méprisent tous les dons de Dieu. Cependant s'ils veulent se convertir, ils ont plus de facilité pour rentrer en grâce, car ils sont fils et les autres sont étrangers.
Tous ces hommes dont nous venons de parler forment la première catégorie ; ils sont aussi loin que possible de toute ressemblance avec Dieu.