La troisième catégorie comprend les hommes dissimulés qui font le bien en vue d'une récompense temporelle. De ce nombre sont ceux qui trompent et flattent leurs supérieurs en faisant montre de bonnes œuvres, de justice et de toutes les vertus morales, afin d'être élevés au-dessus des autres en honneur, en profit et en richesse. Ils ambitionnent les hautes dignités, la papauté ou l'épiscopat, une prélature régulière, la charge abbatiale ou prioriale, une supériorité quelconque ou une magistrature temporelle. Dans ce but, ils mentent et répandent la flatterie, simulant l'humilité, la droiture et un ensemble achevé de toutes les vertus. Mais il n'y a là qu'orgueil, avarice et tromperie. Et parce que ces hommes sont menteurs, toutes les œuvres qu'ils font ainsi sont en pure perte.
Il y a encore ceux qui, habiles à tromper, se prodiguent en grands labeurs, afin d'être appelés saints, ou d'acquérir quelque profit temporel. Il n'en manque point de cette sorte, et quiconque accomplit ses bonnes œuvres au grand jour, pour être loué de la foule, est trompeur et ne mérite aucune récompense. Le prêtre qui dit sa messe pour le gain qu'il en retire ou afin de paraître bon est un hypocrite digne du châtiment éternel. Les moines, les nonnes, les religieux, les béguards, les sœurs, les béguines ou autres qui accomplissent des bonnes œuvres à l'extérieur, telles que jeûnes, veilles, prières, pèlerinages, qui marchent pieds nus, qui prêchent, qui portent de vils vêtements, ou bien qui affectent un profond silence, se retirent dans des ermitages et montrent mille manières étranges, tout cela afin de paraître saints ou de faire quelque profit, se rendent tous coupables de mensonge.
Puis il y a les fourbes qui affichent leurs bonnes actions, afin qu'on les fasse bien manger et bien boire, et qu'on leur donne le moyen de mener une vie facile et agréable. Ils sont quelquefois très habiles et rusés, n'ayant d'ailleurs pas grande estime pour l'honneur du monde ni pour quelque bien que ce soit ; mais friands et gloutons, ils savent adresser de douces paroles à tous ceux qui peuvent leur donner quelque chose.
Enfin il est des hommes qui mènent en secret une vie mauvaise, mais qui la dissimulent et la parent extérieurement de quelques vertus, afin de cacher leur malice et de pouvoir mieux s'y livrer.
Tous sont menteurs et indignes des grâces divines. S'ils veulent pourtant se convertir et mériter l'amour de Dieu, ils devront persévérer dans toutes leurs bonnes œuvres. Mais au lieu de les accomplir comme ils faisaient jusqu'alors, en vue de l'honneur ou de la richesse, afin d'être élevés au-dessus des autres, ou de paraître saints, pour jouir de biens terrestres, plaire aux hommes ou dissimuler leur malice, ils devront changer leurs intentions trompeuses et poursuivre dans toutes leurs œuvres l'honneur et la louange de Dieu, ainsi que leur salut éternel, méprisant tout ce qui est de la terre : de cette façon, ils pourront obtenir l'amour divin et l'éternelle vie.