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CHAPITRE X.
DE LA COMPLAISANCE MUTUELLE DES DIVINES PERSONNES ET DE LA COMPLAISANCE QUI EXISTE ENTRE DIEU ET LES JUSTES.
Vous pouvez ainsi comprendre comment la nature divine est éternellement active, selon le mode des personnes, et éternellement en repos et sans mode, selon la simplicité de son essence. C'est pourquoi tout ce que Dieu a élu et saisi en son amour éternel et personnel, il le possède essentiellement et avec jouissance dans l'unité de l'amour essentiel. Car les divines personnes s'embrassent mutuellement en une complaisance éternelle, avec un amour infini et actif, dans l'unité. Ceci se renouvelle sans cesse dans cette source vivante de la Trinité. Toujours il y a en elle nouvelle génération en nouvelle connaissance, nouvelle complaisance et nouvelle spiration dans un nouvel embrassement, avec un torrent nouveau d'amour éternel. Tous les élus, anges et hommes, depuis le premier jusqu'au dernier, sont embrassés dans cette complaisance. C'est d'elle que dépendent le ciel et la terre, la vie, l'être, l'activité et la conservation de toutes les créatures. L'éloignement de Dieu par le péché, qui provient de la perversité aveugle propre aux créatures, en est seul excepté. La grâce, la gloire, tous les dons au ciel et sur la terre, découlent de la complaisance de Dieu, et en chacun de manière différente, selon la nécessité et la capacité qui lui sont propres. Car la grâce de Dieu est préparée pour tous les hommes, et elle attend le retour de chaque pécheur en particulier. Et lorsque, par le secours de la grâce, ce pécheur consent à prendre pitié de lui-même et à implorer Dieu avec confiance, il trouve toujours son pardon. Ainsi celui qui, sous l'influence de la grâce, est ramené par amoureuse complaisance jusqu'en l'éternelle complaisance de Dieu, celui-là est saisi et embrassé dans cet amour infini, qui est Dieu lui-même. Il va se renouvelant en amour et en vertus ; car dans ce fait que nous nous complaisons en Dieu et que Dieu se complaît en nous, il y a exercice d'amour et vie éternelle. Mais c'est éternellement que Dieu nous a aimés et que sa complaisance s'est exercée sur nous, et si nous considérions cela comme il faut, notre amour et notre complaisance se renouvelleraient sans cesse, de même que, dans les relations mutuelles des personnes divines, il y a toujours nouvelle complaisance, nouvelle émanation d'amour en un embrassement nouveau dans l'unité. Et ceci est en dehors du temps, c'est-à-dire sans avant ni après, dans un éternel présent. En cet embrassement dans l'unité toutes choses sont consommées dans l'effusion de l'amour toutes choses s'opèrent ; enfin dans la nature vivante et féconde est tout ce qui est capable d'être. Et dans cette nature vivante et féconde le Fils est dans le Père, et le Père dans le Fils, et le Saint-Esprit dans l'un et l'autre. Car c'est une unité vivante et féconde qui est la source et le commencement de toute vie et de tout devenir. Aussi toutes les créatures sont-elles là, sans elles-mêmes, comme en leur cause éternelle, une même essence et une même vie avec Dieu. Mais dans l'émanation des personnes divines qui crée distinction, le Fils est du Père et le Saint-Esprit de l'un et de l'autre. C'est là que Dieu a créé et ordonné toutes choses, chacune dans son essence propre. C'est là qu'il a refait l'homme par ses grâces et par sa mort, aussi complètement qu'il dépendait de lui. Il a orné les siens d'amour et de vertus, et les a ramenés avec lui dans leur principe.
Là, le Père avec le Fils et tous les bien-aimés sont pris et embrassés dans le lien de l'amour, c'est-à-dire dans l'unité du Saint-Esprit. C'est cette même unité qui est féconde selon l'émanation des personnes et qui dans leur retour est un lien éternel d'amour qui n'est jamais rompu. Et tous ceux qui ont l'expérience de ce lien doivent demeurer éternellement heureux ; tous sont riches en vertus, éclairés dans la contemplation et simples en leur repos de fruition. Dans leur retour intérieur, en effet, l'amour de Dieu apparaît comme se répandant avec tous les biens, attirant dans l'unité, superessentiel et sans mode dans un repos éternel. C'est pourquoi ces âmes privilégiées sont unies à Dieu par intermédiaire, sans intermédiaire et aussi sans différence.
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