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CHAPITRE XI.
COMMENT LES JUSTES ONT L'AMOUR DE DIEU EN VUE, DANS LEUR CONTEMPLATION, ET COMMENT ILS SONT ÉLEVÉS VERS DIEU.
Les justes s'appliquent, dans leur contemplation, à l'amour de Dieu comme à un bien commun qui se répand au ciel et sur la terre, et ils sentent la sainte Trinité inclinée vers eux et en eux avec la plénitude des grâces. C'est pourquoi ils ont l'ornement de toutes les vertus, des saints exercices et des bonnes œuvres, extérieurement et intérieurement. Ainsi, ils sont unis à Dieu par l'intermédiaire de la grâce divine et de leur sainte vie. Et parce qu'ils se sont donnés à Dieu soit en agissant, soit en s'abstenant, soit en souffrant, ils ont toujours paix et joie intérieures, goût et consolation, comme n'en peuvent avoir ni le monde, ni aucune créature peu droite, ni quiconque se recherche lui-même et se regarde plus que l'honneur de Dieu. En second lieu, ces mêmes hommes intimement éclairés dans leur contemplation s'aperçoivent, toutes les fois qu'ils le veulent, que l'amour de Dieu attire intérieurement et invite à l'unité. Car ils voient et sentent que le Père avec le Fils, par le Saint-Esprit, se tiennent embrassés et avec eux tous les élus, dans un amour éternel qui les ramène à l'unité de leur nature. Cette unité attire toujours intérieurement ou invite tout ce qui est né d'elle, naturellement ou par grâce. Et c'est pourquoi les hommes éclairés sont élevés avec une âme libre, au-dessus de la raison jusqu'à une vue dépouillée d'images. Là se fait en tendre l'éternelle invitation de l'unité de Dieu, et avec une intelligence nue et sans images ils dépassent toutes les œuvres, toutes les pratiques, toutes choses enfin, et atteignent au sommet même de leur esprit. Là leur intelligence nue est pénétrée de la clarté éternelle, comme l'air est pénétré par la lumière du soleil. La volonté dépouillée et élevée subit la transformation et la pénétration de l'amour sans fond, comme le fer est pénétré par le feu. Et la mémoire affranchie et élevée se sent prise et établie en une absence totale d'images.
Ainsi, au-dessus de la raison, l'image créée est unie d'une façon triple à son image éternelle, qui est la source de son être et de sa vie. Cette source est essentiellement et éternellement conservée et possédée en simple contemplation dans un vide sans images. On est élevé alors, au-dessus de la raison, triplement en unité et uniquement en trinité.
Cependant la créature ne devient pas Dieu, car cette unité n'existe que moyennant la grâce et l'amour qui fait retour à Dieu : et c'est pourquoi la créature sent une différence et une distinction entre elle et Dieu, dans sa contemplation intime ; et quoique cette union soit sans intermédiaire, les œuvres innombrables que Dieu opère au ciel et sur terre n'en sont pas moins cachées à l'esprit. Dieu, en effet, se donne tel qu'il est à l'essence de l'âme, d'une façon clairement distincte, là où, au-dessus de la raison, les puissances sont simplifiées et portent simplement la transformation de Dieu ; là où tout est plein et surabondant, l'esprit se sentant être avec Dieu comme une vérité, une richesse, une unité cependant même là se trouve encore une tendance profonde à aller plus loin, et c'est une distinction essentielle entre l'essence de l'âme et l'essence de Dieu, distinction telle que l'on n'en peut concevoir de plus haute.
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