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CHAPITRE III.
DE L'UNION PAR INTERMÉDIAIRE.
Je dis premièrement que tous les bons sont unis à Dieu par intermédiaire. Cet intermédiaire c'est la grâce de Dieu, avec les sacrements de la sainte Église, les vertus théologales de foi, d'espérance et de charité, et la vie vertueuse selon les commandements de Dieu.
Pour cela il faut mourir au péché, au monde et à tout appétit désordonné de la nature. Ainsi demeurons-nous en union avec la sainte Église, c'est-à-dire avec tous les justes, et avec eux nous obéissons à Dieu et sommes une même volonté avec lui, ainsi qu'une bonne communauté unie à son Prélat. Sans cette union, personne ne peut plaire à Dieu, ni être sauvé. C'est de celui qui garde cette union et cet intermédiaire jusqu'à la fin de sa vie que le Christ parle lorsqu'il dit à son Père, en l'Évangile de saint Jean : « Père, je veux que, là où je suis, là aussi soit mon serviteur, afin qu'il puisse voir la clarté que vous m'avez donnée (2). » À un autre endroit il dit encore que ses serviteurs seront assis au festin, c'est-à-dire dans la richesse et la plénitude des vertus qu'ils ont pratiquées ; et il passera devant eux et leur servira la gloire qu'il leur a méritée (3). Il la donnera libéralement et la révèlera à tous les bien-aimés, et à chacun d'eux en particulier, plus ou moins selon qu'il en est digne et selon qu'il est capable de comprendre la grandeur de cette gloire et de cet honneur, fruit des mérites du Christ seul dans sa vie et dans sa mort. Ainsi tous les saints seront éternellement avec le Christ, chacun à son rang et au degré de gloire qu'il aura mérité par ses œuvres, avec le secours de Dieu. Et le Christ selon son humanité sera au-dessus de tous les saints et de tous les anges, comme le prince de toute gloire et de tout honneur, qu'il possède en propre, au-dessus de toute créature.
Vous pouvez ainsi comprendre comment nous sommes unis à Dieu par intermédiaire, ici-bas dans la grâce. Et pareillement dans la gloire. Dans cet intermédiaire il y a différence et diversité tant de vie que de récompense, comme je vous l'ai dit. Saint Paul le comprit bien lorsqu'il exprima le désir d'être délivré de son corps et d'être avec le Christ (4). Mais il n'a pas dit qu'il serait lui-même Christ ou Dieu, comme le font certains hommes hérétiques et pervers qui disent n'avoir pas de Dieu, mais être tellement morts à eux-mêmes et unis à Dieu, qu'ils sont devenus Dieu.
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