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Le Livre de la plus haute Vérité |
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CHAPITRE V.
DE L'UNION SANS INTERMÉDIAIRE.
Vous savez bien ce que je vous ai dit déjà : c'est que les saints et tous les justes sont unis à Dieu, par intermédiaire. Je veux vous dire maintenant comment tous lui sont unis sans intermédiaire. Il en est peu dans cette vie qui ait la capacité et la lumière suffisantes pour pouvoir l'éprouver et le comprendre. Et c'est pourquoi celui qui veut découvrir et sentir en lui-même les trois unions dont je parle doit vivre pour Dieu de toute la plénitude de son être afin de satisfaire aux grâces et aux impulsions divines, et être docile en toutes vertus et toutes pratiques de la vie intérieure. Par l'amour il doit s'élever et mourir en Dieu, se perdre soi-même avec toutes ses œuvres, de manière à passer en lui de toutes ses puissances et subir la transformation de l'incompréhensible vérité qui est Dieu lui-même. C'est ainsi que vivant il doit sortir pour exercer les vertus et mourant il doit entrer en Dieu. La perfection de sa vie repose sur ces deux conditions ; elles sont unies en lui comme la matière est unie à la forme, l'âme au corps. Et parce qu'il s'applique à ces deux exercices, il a l'intelligence claire, il est riche et débordant de sentiment, car il a joint Dieu avec ses puissances élevées, avec le désir de son cœur, une intention droite, un attrait insatiable et toute la force vive de son esprit et de sa nature. Tandis qu'il se tient et s'exerce ainsi en la présence de Dieu, l'amour devient maître de lui, le conduit et le fait croître sans cesse en vertus. Et la motion de cet amour s'exerce toujours selon l'utilité et la capacité de chacun.
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