Ambroise a vu le jour dans cette première moitié du IVe siècle où l'Église, récemment affranchie par les édits de Constantin, jouissait encore, comme d'un bien longtemps inespéré, de la liberté et même de la faveur impériale, qu'on essayait déjà souvent à la vérité de lui faire payer trop cher. Il naquit à Trêves, où son père, dont il devait prendre le nom, avait été placé par Constantin pour gérer la préfecture des Gaules, la plus importante des quatre divisions de l'Empire, puisqu'elle comprenait, outre la Gaule proprement dite, qui s'étendait alors jusqu'au Rhin, l'Espagne et l'Angleterre. C'était un magistrat d'une capacité renommée, appartenant à une ancienne et illustre race sénatoriale, qui s'était convertie au christianisme dans le temps même de la persécution, et qui comptait parmi ses titres d'honneur le martyre d'une vierge livrée aux bourreaux de Dioclétien. Toute la famille restait fidèle à ces traditions. La digne épouse du préfet des Gaules, dont je ne sais par quelle omission le nom ne nous a pas été conservé, lui avait donné trois enfants, deux fils et une fille, tous annonçant les plus heureuses dispositions. L'aînée, Marceline, animée dès son plus jeune âge d'une foi fervente, quitta de bonne heure ses parents pour aller faire, entre les mains du pape Libère à Rome, vœu de virginité, et vivre ensuite loin des siens, dans une austère solitude. Les deux fils Satyre et Ambroise, restés seuls à la maison paternelle, étaient liés par une touchante et étroite amitié. C'était entre eux même caractère, mêmes goûts, presque même visage. Mais Ambroise, le plus jeune, se distinguait par une grâce enfantine, qui resta dans les souvenirs de ceux qu'elle avait séduits et qui fit renouveler pour lui la fable poétique des abeilles cueillant leur miel sur les lèvres de Platon au berceau. Le bonheur le plus pur dure peu en ce monde. Le père de famille fut enlevé par une fin prématurée; la noble veuve, n'étant plus retenue à Trêves, dut se transporter elle-même à Rome pour achever, dans ce centre d'études renommé, l'éducation de ses deux fils.