|
Saint Ambroise - Conseiller de Gratien |
|
|
|
|
Page 11 sur 31 Le moment ne devait pas tarder où Ambroise allait avoir à faire preuve contre des difficultés et même des dangers de nature diverse, de cette résolution à la fois pieuse et virile dont Basile lui donnait le conseil après l'exemple. L'empereur Valentinien ne put en effet longtemps remplir la promesse qu'il lui avait faite de lui garantir la paix de son administration épiscopale. Frappé lui-même d'une apoplexie foudroyante, en pleine campagne, au milieu d'une expédition dirigée contre des tribus sarmates qui envahissaient la Pannonie, il laissait sa succession à deux héritiers qui ne paraissaient « guère plus l'un que l'autre en état de la recueillir. L'aîné, Gratien, qu'il avait nominalement associé à l'Empire, achevait à peine sa seizième année ; l'autre, appelé Valentinien comme son père, né d'un autre lit, était un enfant de quatre ans. Gratien était un honnête jeune homme d'un naturel doux et droit, mais qui n'était pas exempt de faiblesse comme il le fit voir tout de suite en se laissant persuader de partager avec son frère la dignité impériale. Ce n'était assurément qu'une apparence, puisque l'enfant restait placé sous la tutelle de sa mère; mais cette mère, Justine, seconde femme de Valentinien qu'il avait épousée contre les lois de l'Église, du vivant même de la première, s'était déjà fait connaître par un esprit d'intrigue et d'ambition. Loin d'être touchée de l'affection que Gratien témoignait pour son jeune frère, elle ne voyait en lui que le fils de la rivale qu'elle avait supplantée, et ne songeait qu'à donner cours à tous les sentiments de sa jalousie maternelle; ainsi se formait autour d'elle un centre de rivalité et d'opposition que devaient aigrir et envenimer bientôt les dissidences religieuses. Car il suffit que Gratien se fût montré, dès les premiers jours de son règne, fidèle observateur de la vraie foi, pour que tous ceux que froissait la profession nettement orthodoxe d'Ambroise vinssent se grouper autour de la mère du petit Empereur afin d'exploiter à leur profit tout ce que cette qualité pouvait lui donner de crédit et d'influence. Encouragés par cet appui qui leur fut tout de suite secrètement donné, ils ne craignirent pas de demander qu'on leur laissât la jouissance d'une des basiliques de la ville dont ils prétendaient que la possession, leur étant acquise, devait leur être conservée. Ce fut à Gratien lui-même qu'Ambroise dut recourir pour empêcher, qu'en face de l'évêque, s'élevât une chaire rivale dont la présence seule bravait son autorité. Gratien fit preuve dans sa réponse de cette indécision de caractère qui l'aurait rendu incapable d'exercer le souverain pouvoir, s'il eût dû continuer à en porter seul le poids. N'osant prendre une décision positive, il se borna à faire fermer l'église contestée et à la mettre sous le séquestre, se réservant, quand il viendrait lui-même à Milan, d'en fixer l'attribution définitive. La situation ainsi troublée aurait pu donner lieu à de graves désordres si, au même moment, de sombres et étranges nouvelles, arrivées d'Orient, n'étaient venues y faire une diversion douloureuse et donner en même temps lieu à Ambroise de montrer tout le parti que l'État et l'Église pouvaient tirer de son dévouement et de son courage.
|