C'eût été peu de gémir sur tant de maux si on n'eût cherché et trouvé quelque moyen de les soulager. Les malheureux qui avaient réussi à fuir étaient plongés dans la misère, la charité d'Ambroise leur vint en aide avec une libéralité sans mesure. Mais le sort de ceux qui étaient restés entre les mains des vainqueurs était pire encore. Ils étaient traités en véritables esclaves, on ne respectait ni la faiblesse de l'enfance, ni la pudeur des femmes. La cupidité seule tempérait la violence et on sut bientôt qu'il y avait des marchés où les captifs chargés de chaînes étaient vendus à l'encan. Où trouver l'argent pour les racheter ? Ambroise ayant épuisé ses propres ressources ne savait comment se le procurer. Il prit alors un parti dont la générosité ne manquait pas d'audace. Son église possédait des vases d'or et de métaux précieux dont l'avaient enrichie les dons des fidèles. Choisissant ceux qui n'avaient pas encore été consacrés aux offices divins, il les fit briser et réduire en lingots et acquit avec cette monnaie la rançon de plus d'une vie et d'une âme humaine. Quand, plus tard, on lui reprocha d'avoir dépassé son droit en sacrifiant les biens appartenant aux églises, il repoussa ce reproche avec indignation : « Fallait-il, disait-il, perdre les âmes pour garder un peu d'or ? Si l'Église a de l'or, ce n'est pas pour le conserver, mais pour venir en aide aux besoins des pauvres. Les apôtres n'avaient pas d'or quand Jésus les envoya : et ce n'est pas avec de l'or qu'il a fondé ses églises. »