Demandons au Saint Esprit qu'Il nous fasse découvrir la richesse du discours du silence, support d'humilité parfaite qui développera en nous les Dons de ce même Esprit.
On avait pourtant trop vite désespéré de l'Empire. C'était un corps trop puissant et doué d'une vitalité trop intense pour succomber d'un seul coup. Un siècle devait être nécessaire pour l'achever; aussi on put bientôt espérer que l'invasion barbare serait comme une de ces trombes que le même souffle orageux amène et disperse. Les Goths, peu accoutumés à la discipline et à la règle, se répandirent au hasard dans tous les sens, partout où les appelait l'attrait du pillage. Ils laissèrent ainsi aux légions romaines le temps de se reformer à l'abri des places fortes, et d'attendre des renforts qui arrivaient d'Asie. En évitant de renouveler l'imprudence de Valens qui avait provoqué par une attaque directe les tribus à se concentrer, en les laissant s'égrener au contraire et en se réservant de les prendre ensuite l'une après l'autre, on put venir à bout soit de les soumettre, soit même de les absorber dans les cadres de la milice et de l'administration impériale. Mais c'était une œuvre de patience qui exigeait une présence continue et vigilante sur le théâtre même du désastre. C'est une condition que Gratien ne pouvait remplir. Il était appelé en Gaule, n'étant sûr ni de la sécurité des frontières ni de la fidélité des légions qu'il y avait laissées. D'ailleurs il n'avait jamais visité l'Orient et ne s'était pas préparé à en recueillir l'héritage : il s'y sentait mal à l'aise, et cette tâche à remplir dans des conditions inconnues lui paraissait au-dessus de ses forces. Il eut hâte de s'associer un collègue qui pût le délivrer d'un fardeau tombé inopinément, et dans des jours si critiques, sur ses épaules, et il eut le mérite, dans le choix qu'il fit, de ne consulter que l'intérêt public.