Il conféra la dignité d'Auguste au fils d'un général renommé dont Valentinien avait longtemps apprécié les services, mais qu'il avait fini, dans un accès de violence, par condamner à mort pour un complot vrai ou supposé. Le fils avait voulu noblement partager la disgrâce du père, et pour l'appeler à l'empire il fallut le faire venir d'Espagne où il vivait dans la retraite. Théodose (c'était son nom) résista quelque temps à une faveur qu'il n'avait pas recherchée, et ne céda qu'à des instances répétées (4). Dès qu'il se fut enfin déterminé à accepter le pouvoir, Gratien se hâta de le lui remettre et de reprendre le chemin de l'Occident. Ce ne fut pas cependant sans avoir, par un édit solennel, levé toutes les mesures de proscription dont Valens avait frappé les catholiques et assuré à tous les chrétiens sans distinction la liberté de leur culte (5). C'était une mesure de réparation appelée et presque exigée par le sentiment public, qui attribuait très généralement les malheurs de l'Empire à un châtiment de la justice divine, offensée par les constantes infidélités des souverains. Telle était la conviction de Gratien lui-même ; aussi à peine revenu à Trêves, où il devait séjourner, sa première pensée fut de s'affermir dans la constance et la sincérité de sa foi. Il avait été frappé de la clarté et de la force des instructions qu'Ambroise lui avait remises, et son désir fut de le faire venir auprès de lui, en lui demandant de les compléter. — « Je souhaite fort, religieux Pontife, lui écrivait-il, de jouir de votre présence, vous qui, même absent, avez su occuper mon souvenir et ma pensée. Hâtez-vous donc de venir auprès de moi, pour m'enseigner la vraie doctrine : non que je recherche de vaines disputes, et veuille adorer Dieu en paroles plus que par les sentiments de l'âme; mais je veux que mon cœur s'ouvre davantage à la connaissance et à la révélation de la divinité. »