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Saint Ambroise - Conseiller de Gratien |
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Page 19 sur 31 Quelque pressant que fût cet appel, Ambroise hésita à s'y rendre. On n'avait vu que trop d'évêques fréquenter la cour de Constance et de Valens et en subir la fâcheuse influence ; on y rencontrait aussi les rhéteurs païens qui venaient y apporter leur tribut d'adulations : Ambroise n'éprouvait aucune hâte de se mêler à de telles compagnies. Il déclina l'invitation en s'excusant par une réponse où la déférence pour le prince était mêlée avec beaucoup d'art au ton d'une affection paternelle pour le fidèle : — « Si je n'ai pas été au-devant de Votre Clémence, disait-il, religieux Empereur, ce n'est pas l'affection qui m'a manqué, c'est la discrétion qui m'a retenu; mais je n'ai pas cessé d'être avec vous par ces vœux et ces prières qui sont la meilleure manière pour un prêtre de vous rendre ce qui vous est dû. Mais que dis-je ? à quel moment ai-je été loin de vous ? J'ai suivi votre marche heure par heure, j'ai été dans les camps avec vous, jour et nuit : ma prière n'a pas cessé de veiller à vos côtés. A défaut d'autre mérite, je vous ai servi au moins par mon affection. C'était d'ailleurs notre salut autant que le vôtre que nous appelions de nos vœux. Ne prenez pas ces mots pour une flatterie, vous n'en voudriez pas, et moi je la regarderais comme indigne de mon ministère. Mais celui qui connaît toutes nos pensées, celui que vous confessez et que vous adorez comme moi, sait à quelle profondeur mon cœur est ému pour tout ce qui touche votre foi, votre salut et votre gloire. » Il allait donc, ajoutait-il, s'appliquer à achever les développements qui lui étaient demandés et mettre en lumière la nature divine du Saint-Esprit comme il avait démontré celle du Christ. L'œuvre une fois terminée, il la porterait lui-même à l'Empereur. L'évêque ne voulant pas venir trouver le prince, ce fut le prince qui vint trouver l'évêque. Dès la fin de cette même année qui suivit son retour en Occident, Gratien arrivait à Milan. De graves intérêts l'appelaient sans doute dans cette grande cité assez bien placée pour être regardée comme le point central de la fraction occidentale de l'Empire : mais on peut croire que le désir de s'entretenir avec Ambroise fut un des motifs principaux qui le portèrent à s'y transporter sans délai, et il est certain que ce fut l'ascendant qu'Ambroise ne tarda pas à prendre sur son esprit qui devait le décider à y fixer son séjour. On sait ce que répondit la favorite célèbre d'une reine de France à ceux qui lui demandaient par quel charme elle avait su captiver et dominer sa maîtresse : « Je n'ai fait, dit-elle, qu'user de l'empire qu'un esprit ferme exerce sur une âme faible. » A une interrogation de cette nature, Ambroise n'aurait certainement pas fait une réponse ainsi mélangée d'un dédain et d'une présomption qui étaient loin de ses sentiments; et cependant, jamais plus juste application n'en eût été faite.
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