Il y a une chose dans le coeur de l'homme qui est plus petite qu'une idée et plus grande qu'une idée... Plus petite parce qu'elle n'est pas une idée, et plus grande parce qu'elle est à la racine de la conscience. Cette chose, c'est l'image de Dieu imprimée dans l'âme créée.
Gratien apportait à Milan toutes les inquiétudes d'une jeunesse sans expérience et d'une conscience timorée. Ambroise, par suite des fonctions qu'il avait remplies, se trouvait joindre à l'autorité sacerdotale une capacité politique éprouvée, union de qualités qui s'est rencontrée depuis lors, plus d'une fois, chez des personnages illustres placés dans les rangs les plus élevés de l'Eglise, mais dont il donnait le premier exemple. Il ne fallut pas longtemps à Gratien pour reconnaître en lui le conseiller politique le plus expert en même temps que le directeur de conscience le plus éclairé qu'il pût choisir, et il lui témoigna tout de suite une confiance touchante et une déférence affectueuse dont Ambroise n'aurait eu aucune raison légitime de se défendre. La faveur et le crédit lui arrivaient ainsi sans qu'il les eût cherchés et même malgré ses efforts pour s'y soustraire. C'était un appel divin qui le désignait au lendemain des plus grands malheurs publics pour venir en aide aux intérêts pressants et toujours menacés de l'Église et de l'État. L'intimité fut donc bientôt complète entre l'Empereur et l'évêque, et Gratien ne quittant plus Milan que pour de passagères excursions militaires, le palais impérial fut ouvert familièrement à Ambroise qui n'eut pas besoin d'y être appelé pour être sûr d'y être bien accueilli. Ce fut, en réalité, une sorte de tutelle qu'il exerça et dont les effets furent bientôt sensibles même dans l'ordre des faits purement politiques. La conduite jusque-là débile et hésitante du jeune prince prit une suite, une tenue, une fermeté, dont ses principaux actes législatifs donnent le témoignage. Mais l'action d'Ambroise est surtout visible dans plusieurs mesures qui ont un caractère religieux, et dont le but est, soit d'affranchir l'Eglise des prescriptions gênantes qui entravaient encore son développement, soit de faire disparaître des actes officiels tout ce qui portait encore la trace et gardait le souvenir de l'idolâtrie. D'ailleurs qu'il s'agît de religion ou de politique, c'était toujours pour lui même cause à servir et même dessein à poursuivre : car il ne concevait d'autre salut pour l'Empire que dans sa conformité avec les règles de la foi chrétienne. Rendre l'Empire tout à fait chrétien, c'était, à ses yeux, en l'appuyant sur le roc où est assise l'Église, lui donner le seul soutien qui pût raffermir ses bases ébranlées.