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Avoir peur du silence c'est avoir peur de son « moi », être trop sûr de lui. Être trop sûr de son « moi » c'est être trop « raisonneur ».

 
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Saint Ambroise - Conseiller de Gratien Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Index de l'article
Saint Ambroise - Conseiller de Gratien
?Naissance et jeunesse d'Ambroise
Vie à Rome après le décès du père
Premiers pas d'Ambroise dans la vie publique
Dissidences des ariens
Comment les ariens se sont implantés à Milan
Page 7
Comment Ambroise essaya de se dérober à son élection episcopale
Sacre d'Ambroise.
Commencement de sa vie episcopale
Mort de Valentinien et influence de Justine sur Gratien
Les Huns envahissent les Goths
L'entrée des Goths "déportés" dans l'Empire romain d'orient.
Réponse pieuse et patriotique d'Ambroise à Gratien
Départ de Gratien pour la défense de l'Empire en Orient et mort de Valens
Ambroise rachète les captifs
Sursaut de l'Empire
Nomination de Théodose par Gratien et retour de celui-ci en Occident.
Lettre d'Ambroise déclinant l'invitation
Ambroise conseiller spirituel et politique de Gratien
L'affaire de l'autel de la déesse Victoire
Lutte contre l'hérésie
De ceux qui s'adressaient à Ambroise
Vie apostolique d'Ambroise
Estime de Saint Augustin envers Ambroise
A propos du livre De officiis ministrorum
Ambroise, défenseur de l'unité intérieure du chrétien, de l'Empire et de l'Eglise
De la charité chrétienne par Saint Ambroise
Règles données à ses prêtres et à son troupeau
Emotions à la mort de Satyre
Cinq années d'instruction aux fidèles et charité d'Ambroise.

La société où les jeunes gens se trouvèrent placés par les relations naturelles de leur parenté était loin de partager tout entière la foi que leur enfance avait appris à chérir. C'était en effet dans les vieilles familles du patriciat romain que le polythéisme déchu conservait encore de nombreux, de fidèles, bien que tristes adhérents. Ces héritiers des grands noms éprouvaient devant la transformation qui s'opérait sous leurs yeux un regret naturel, tenant à un sentiment respectable. Tous les souvenirs de l'ancienne Rome étaient tellement mêlés à ceux des jours glorieux où leur race s'était illustrée, qu'il leur semblait qu'en s'en écartant, ils manquaient à la piété filiale due à la patrie et aux ancêtres. Mais c'était surtout parmi ses compagnons d'étude et parmi ses maîtres qu'Ambroise dut rencontrer des partisans, attardés du passé et s'accoutumer à vivre avec eux.
Tout le fond de l'enseignement donné dans les écoles reposait sur l'interprétation des grands modèles de l'éloquence et de la poésie grecques et romaines : tout y était donc imbu de polythéisme. Ceux qui restaient attachés à l'ancien culte, mal à l'aise dans les autres fonctions de la vie sociale transformée, se sentaient là sur leur domaine. Il était surtout une science élevée et noble entre toutes, dont les admirateurs du vieux monde romain pouvaient lui faire honneur d'avoir posé les bases et développé les conséquences : c'était le droit. On ne pouvait être initié à ce magnifique ensemble de préceptes juridiques qui fait encore aujourd'hui le fond de nos législations civiles, et dont Bossuet a pu dire qu'on ne vit jamais une plus belle application de l'équité naturelle, sans avoir à rendre justice à la sagesse des prêteurs républicains, et même des magistrats impériaux qui ont élevé ce bel édifice sur le rude et solide fondement du vieux droit quiritaire. Ambroise, appelé à suivre comme son père, la carrière des hautes magistratures, écoles dont le barreau était l'apprentissage nécessaire, ne pouvait négliger aucune des connaissances qui devaient l'y préparer. Mais pour se les rendre familières, il lui fallut passer les années de l'adolescence dans ce milieu un peu mélangé dont l'atmosphère n'altéra pourtant ni la fermeté, ni la pureté de ses croyances chrétiennes. Un juste instinct l'avertissait que ni la beauté des œuvres d'art, ni le ferme exercice de la raison n'étant incompatibles avec les préceptes de la foi, il n'avait rien à perdre dans le commerce des grands écrivains de l'antiquité : il y gagnait, au contraire, de mieux connaître l'état d'esprit des adversaires que le christianisme vainqueur pouvait encore rencontrer, d'apprendre à parler leur langue pour les suivre sur leur propre terrain, les battre avec leurs propres armes et donner ainsi à son éloquence une force et un genre d'originalité qui devaient en assurer le succès. Ce mélange, d'ailleurs, de croyances et d'inspirations diverses, il était destiné à le retrouver en sortant des bancs de l'école, dans l'administration supérieure où il dut entrer: car les grandes dignités et les emplois principaux de l'Empire étaient encore, à Rome surtout, partagés entre païens et chrétiens qui formaient ainsi deux groupes restés distincts, mais rapprochés par leurs occupations journalières et se ménageant réciproquement. Deux personnages considérables les représentaient, le préfet de Rome, Symmaque, et Probus qui, après avoir passé par une suite de fonctions importantes, était chargé de la grande division administrative d'Italie. Symmaque, malgré son attachement pour le culte en déclin, devait à l'excellence de sa gestion administrative une popularité très générale. Probus honorait le nom chrétien par ses mérites personnels, par l'éclat de sa descendance qu'on faisait remonter jusqu'à Marc-Aurèle et le noble usage d'une fortune immense prodiguée en bienfaits de toute sorte. Satyre et Ambroise avaient leur entrée familière chez tous deux et étaient également bienvenus de l'un et de l'autre : Satyre pourtant passait pour être plus attaché à la personne de Symmaque, qui lui portait, disait plus tard son frère, une affection presque paternelle : Probus témoignait à Ambroise une prédilection particulière. Aussi tandis que Satyre suivait le fils de Symmaque (devenu plus tard lui-même un orateur célèbre), dans sa questure de Lycanie, Ambroise fut d'abord attaché par Probus à la préfecture du prétoire; puis il fut désigné par lui à l'empereur Valentinien pour aller gouverner avec le titre de consulaire les provinces de Ligurie et d'Emilie comprenant toute l'Italie supérieure, et dont l'importante ville de Milan était le chef-lieu. Le jour où il dut partir pour aller prendre possession de sa charge, Probus, après lui avoir donné tous les conseils de son expérience, les résuma tous en un mot : « Allez, mon enfant, lui dit-il, et conduisez-vous non en juge, mais en évêque. » Il l'avertissait ainsi qu'à la suite de bien des révolutions successives, le commandement dépourvu de prestige ne pouvait être accepté des populations troublées que s'il était relevé par cette autorité morale, que la vertu et le dévouement donnent, et à laquelle aucune force ne peut suppléer (1).


 
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