Cette action, exercée en dehors du domaine propre à l'Église, n'enlevait rien au zèle avec lequel il remplissait tous les devoirs du ministère sacré. Sa prédication était presque quotidienne comme l'attestent les commentaires détaillés que nous avons encore de lui sur les premiers chapitres de la Genèse, sur les Psaumes et l'Évangile selon saint Luc. Autour de sa chaire venaient se presser en même temps qu'une foule populaire tout ce qu'il y avait dans la cité de noble et de distingué. Il présidait aussi lui-même à des instructions familières données aux catéchumènes pour les préparer au baptême et à l'Eucharistie. Quel que fût le sujet de ses discours, on y admirait toujours une précision lumineuse et en même temps (suivant l'expression d'un jeune auditeur inconnu qui l'écoutait suspendu à sa parole), une suavité de langage qui allait à l'âme. L'effet était d'autant plus grand que c'était la première fois que la langue latine était maniée avec éclat par un orateur chrétien. L'Orient, mieux partagé, avait déjà entendu de Basile, de Grégoire de Naziance, de Chrysostome, des accents qui égalaient ceux des plus beaux génies de la Grèce. Mais à Rome, l'éloquence, ou du moins ce qu'on appelait encore de ce nom, était resté le partage de rhéteurs la plupart païens, qui célébraient dans la vieille forme classique, avec force antithèses à effets et ornements affectés, les vertus des princes ou les grands événements du jour. Ce genre factice, contraire à toute pratique d'affaires sérieuses, avait toujours déplu à Ambroise qui aurait trouvé encore plus déplacé de le porter dans l'enseignement de l'Évangile. « Point de faux ornements, disait-il, il faut que ce soit le naturel qui parle et si ce naturel a quelques défauts on peut les corriger sans recourir à ces artifices. » « Il faut que votre voix, disait-il encore, ne soit pas tour à tour trop basse et trop élevée comme peut être celle d'une femme, mais qu'elle fasse sentir la force et la sève d'une âme virile. »