On se demande comment l'activité d'un seul homme pouvait faire face à tant de préoccupations diverses, et suffire en même temps à la préparation de traités et d'écrits qui ne remplissent pas moins de deux énormes volumes in-folio. Ce ne pouvait être que par un don de se recueillir et de s'abîmer dans une méditation profonde pendant chacun des courts instants que lui laissaient les dérangements de toute nature auxquels il se prêtait. C'est ce qui est décrit encore à merveille par le jeune admirateur dont le témoignage a déjà été cité : « J'estimais Ambroise, disait plus tard saint Augustin, mais il m'était impossible de l'entretenir de ce que j'aurais voulu, comme je l'aurais voulu : une armée de nécessiteux m'empêchait d'arriver jusqu'à lui; il était le serviteur de leurs infirmités. S'ils lui laissaient quelques instants, il soutenait son corps par quelques aliments nécessaires et son esprit par la lecture. Mais quand il lisait, ses yeux couraient sur les pages dont son âme pénétrait le sens. Souvent en entrant dans sa retraite, dont l'accès n'était jamais défendu, et où on n'avait pas besoin d'être annoncé, je le voyais lisant tout bas : je m'asseyais et après être resté longtemps à le regarder en silence (car qui aurait osé troubler une attention si profonde), je me retirais en pensant qu'il lui serait importun d'être dérangé dans ce peu de temps qu'il se réservait pour rassembler son esprit au milieu du tumulte de tant d'affaires. » C'est dans ces courts moments de réflexion disputés aux préoccupations d'un autre ordre, qu'il trouva moyen de préparer de véritables traités soit de dogme, soit de morale, composés avec tout l'art qu'il avait appris à l'école des modèles classiques de l'antiquité et qui tiennent dans ses œuvres une place à peu près égale à ses prédications, et c'est dans ses écrits que se manifeste le plus clairement le double caractère qui faisait l'originalité de cette grande âme. Tantôt c'est le saint qui, par de chaleureuses exhortations adressées aux âmes élues, comme dans le traité de la virginité et du veuvage, les élève à toute la hauteur de la vie de conseil et de perfection. Tantôt c'est l'homme, mêlé longtemps aux obligations de la vie commune, qui indique la voie à suivre pour s'en acquitter sans déroger à la rigueur d'aucun précepte. Ce mélange de spiritualité austère et de sens pratique n'est nulle part plus visible que dans un véritable ouvrage doctrinal où il semble avoir eu l'intention expresse d'établir une comparaison entre la morale de l'Évangile et celle qu'avant le Christ avait enseignée la philosophie.