Mais on reprochait souvent à la charité chrétienne de prodiguer ses bienfaits sans mesure à ceux qui n'étaient pas dignes de les recevoir et de dissiper ainsi des ressources précieuses, quelquefois même le patrimoine de leur famille. C'est ici qu'Ambroise se remet en mémoire les sages précautions, dont, du temps qu'il administrait les deniers publics, il a dû reconnaître la nécessité : « Il est clair, dit-il, qu'il faut une certaine mesure dans la libéralité pour qu'elle ne dégénère pas en une prodigalité inutile. On voit souvent venir des hommes valides qui n'ont aucun motif pour vivre dans un état de vagabondage, et qui vous demandent d'épuiser pour eux le trésor des pauvres : vous leur donnez un peu, ils réclament davantage.... Si vous les croyez trop facilement, ils auront bientôt consommé tout ce que vous pourrez donner en aumônes. Mesurez vos largesses de telle façon que ceux-là même ne s'en aillent pas tout à fait les mains vides et que les pauvres ne soient pas frauduleusement dépouillés de ce qui doit assurer leur vie. » Et quelle vérité encore dans cette peinture : « Il y en a qui simulent des dettes, examinez si elles sont vraies; d'autres disent qu'ils ont été volés par des brigands : qu'ils apportent des preuves de l'injure qu'ils ont soufferte, et prouvent qu'ils sont bien ceux à qui on a fait tort... il ne faut pas seulement ouvrir l'oreille aux demandes, il faut que les yeux vérifient la nécessité du besoin. Mais vous devez surtout voir celui qui ne se fait pas voir, rechercher celui qui rougit de se montrer. » Est-ce l'évêque ou l'ancien préfet qui parle ? Y a-t-il un économiste de nos jours qui ne ferait son profit de ces conseils ? Enfin au-dessous des devoirs proprement dits. Cicéron en admettait d'autres d'un ordre secondaire qu'il nommait des devoirs de bienséance (les Grecs disaient to prepon, et les Latins quod decet) et c'est à peu près ce que nous appelons bonnes manières et les convenances de la bonne éducation. Encore une distinction qu'Ambroise ne veut pas admettre. Il n'y a de bienséant que ce qui est honnête et tout ce qui est honnête est bienséant. La bienséance est la forme dont l'honnêteté est la substance. « L'honnêteté, dit-il encore, par une comparaison ingénieuse et pleine de grâce, est comme la santé du corps dont la bienséance est la beauté, maison ne peut pas les séparer, car des que la santé cesse la beauté s'évanouit : la fleur sèche quand on l'enlève de sa racine. »