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Saint Ambroise - Conseiller de Gratien |
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Page 30 sur 31 Les premiers mots semblent des gémissements entrecoupés de sanglots : « O mon frère, où irai-je ? de quel côté vais-je me tourner ? Le bœuf cherche le compagnon avec qui il avait coutume de porter le joug, et témoigne sa douleur par des mugissements répétés, et moi, mon frère, comment oublierai-je celui avec qui j'ai si longtemps porté le joug de la vie ?... Je pleure, je l'avoue, mais Nôtre-Seigneur a pleuré sur la tombe de Lazare qui n'était qu'un ami, comment ne pleurerais-je pas pour un frère ? » — Puis avec quelle amertume il se remet en mémoire tous les détails de cette fin funeste ? Un instant Satyre avait été séparé de lui pour aller accomplir une mission en Afrique et à son retour, il avait failli périr dans un naufrage dont il n'avait pu se sauver qu'à la nage. Quelle joie de l'avoir retrouvé le croyant perdu ! « O joie trompeuse, ô retour toujours incertain des choses humaines. L'Afrique ne l'avait pas gardé et la mer nous l'avait rendu. Nous pensions que rien ne pouvait plus nous l'enlever et c'est sur la terre que le naufrage nous attendait.... Il ne m'a donc servi de rien de me pencher sur toi pour recevoir, pour aspirer ton dernier soupir ou de prendre moi-même ta mort ou de te faire passer ma vie.... O derniers baisers, gages suprêmes et pourtant doux de notre affection ! Tristes embrassements pendant lesquels j'ai senti tes membres se raidir, et ton souffle s'arrêter. J'étendais encore mes bras, et j'avais déjà perdu celui qu'ils serraient contre mon cœur! » Mais après l'effusion de la douleur, l'espérance chrétienne a la parole à son tour. Dans le coup même qui le frappe, il reconnaît la main d'un père plein de miséricorde. D'abord il se rappelle que les temps sont durs, toujours menaçants, qu'hier encore il croyait tout perdu. Satyre a peut-être été enlevé de la terre à temps pour ne pas tomber dans les mains des Barbares et assister à la destruction de l'univers et à la fin du monde... Puis retiré de la vie présente, à quelle vie plus haute n'a-t-il pas été appelé ? « Que nos larmes cessent donc, car il faut pourtant qu'il y ait quelque différence entre ceux qui croient et ceux qui ne croient pas, entre les serviteurs du Christ et ceux des idoles : Que ceux-là ne cessent pas de pleurer leurs amis, puisqu'ils les croient perdus pour jamais : que leur douleur n'ait pas de fin, puisque pour eux la mort n'en a pas. Mais nous pour qui la mort n'est pas la fin de la vie de l'être humain, mais seulement celle de la vie terrestre (puisque la nature à nos yeux ne se transforme que pour renaître), nous trouvons dans la mort même de quoi essuyer nos larmes. » Enfin au moment où le service funèbre devait être terminé, jetant un dernier regard sur les restes que la terre allait recouvrir : « A quoi bon tarder davantage, s'écrie-t-il, sans doute, c'est encore une douceur de pouvoir contempler cette beauté, cette grâce dont la mort même n'a pu priver ses aimables traits; mais l'heure est venue, marchons vers la sépulture. Pars donc, ô mon frère et devance-moi dans cette demeure qui doit nous être commune à tous, mais qui est pour moi désormais préférable à toute autre : de même que tout ici-bas a été commun entre nous, là non plus ne soyons pas longtemps séparés ».
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