L'avis fut compris et suivi : les provinces confiées aux soins d'Ambroise se sentirent bientôt régies avec une fermeté douce, dont le bienfait leur fut d'autant plus sensible, qu'autour de Milan, le régime était assez différent. L'empereur Valentinien était un honnête, mais rude soldat, ayant avant tout souci du bon ordre et de la discipline, et sévissant à la moindre résistance qu'il rencontrait, avec une rigueur impitoyable et souvent précipitée. La sévérité, avait-il coutume de dire, est l'âme de la justice, et la justice est l'âme de la souveraineté. Ambroise se faisait une idée plus haute et plus complète de cette noble vertu de justice qu'il devait définir plus tard en disant que tout en assurant la sécurité et le repos de la patrie, elle devait prendre aussi en mains la défense des opprimés. Aussi sachant se rendre accessible à tous, écoutant toutes les plaintes, faisant droit à tous les griefs, et là même où il devait punir, tempérant le châtiment par la miséricorde, il réussit à se faire aimer en exécutant les ordres d'un souverain qui ne savait que se faire craindre. A l'affection se joignit aussi un respect profond, inspiré par le spectacle de toutes les vertus de la vie privée dont il donnait l'exemple, l'irréprochable pureté de ses mœurs et l'exercice constant d'une discrète et généreuse charité.