Il avait d'autant plus de mérite à acquérir ainsi l'estime de toutes les classes de la population que l'union était loin de régner dans la ville qu'il devait régir. Outre le trouble que causait, là comme ailleurs, la substitution encore imparfaitement accomplie d'un culte à un autre, dans le sein de l'Eglise triomphante elle-même, on sait qu'une regrettable et profonde dissidence s'était déjà produite. L'hérésie d'Arius née en Orient, bien que frappée, dès son origine, par les anathèmes du concile de Nicée, s'était assez généralement propagée dans tout l'Empire. C'était une altération de la doctrine chrétienne dont la portée, bien que très grave (puisqu'elle touchait aux vérités les plus essentielles à la foi), échappait pourtant facilement à l'intelligence du vulgaire. L'erreur consistait, comme on sait, à contester la nature divine de la personne du Christ, et à le faire descendre ainsi au rang d'une simple créature. Mais comme cet abaissement, qui aurait paru sacrilège au commun des fidèles, était difficile à accorder avec les textes de l'Evangile et les paroles de Jésus lui-même, on s'était efforcé d'en atténuer le caractère par des ménagements habiles. La discussion, qui se prolongeait déjà depuis plus de vingt années, avait fini par se réduire à ces termes : « Le fils est-il égal ou seulement semblable au père ? Participe-t-il à sa substance infinie, ou n'est-il qu'une image de ce divin modèle ? » Ceux qui contestaient l'égalité accordaient la ressemblance et cette distinction subtile était exprimée par l'opposition de deux épithètes qui en grec ne différaient que d'une seule lettre (homousios, homoiousios). Même sous cette forme mitigée, l'erreur n'était pas moins profonde, ni ses conséquences moins fâcheuses. Car du moment où le Christ n'était pas reconnu comme Dieu lui-même, l'adorer, c'était reconnaître en lui un être d'une nature intermédiaire, une sorte de demi-dieu ou de bon génie. On avait, en réalité, deux dieux, un grand et un moindre, superposés l'un à l'autre. Dès lors qui empêchait de leur en adjoindre encore d'autres à titre égal ou inférieur ? Ainsi par l'effet de cette atteinte portée, et pour ainsi dire de cette brèche faite à l'intégrité de l'unité divine, toutes les rêveries philosophiques et toutes les superstitions païennes pouvaient renaître. Avec l'arianisme triomphant, le christianisme n'eût plus été qu'un polythéisme momentanément épuré, et qui, vicié dans son principe, n'aurait pas tardé à reproduire toutes les hontes et toutes les bassesses de l'idolâtrie, dont l'Evangile venait à peine de purger l'atmosphère.