Il fallut donc bien se décider à prendre un parti. Les évêques se réunirent et prirent séance dans la partie supérieure d'une des basiliques, tandis que la nef se remplissait d'une foule émue et impatiente. Ambroise fut averti que les esprits s'échauffaient dans l'attente, que deux camps se formaient et échangeaient de bruyantes altercations dont la rumeur arrivait même jusqu'à ses oreilles. Il accourut (c'était son devoir) pour veiller au maintien de l'ordre et il prit la parole pour engager (dans un langage plein de grâce et de fermeté) l'assistance à attendre en paix que la délibération épiscopale fût terminée. On se taisait pour l'écouter quand, au milieu d'un silence général, une petite voix enfantine se fit entendre : « Ambroise évêque, » répéta-t-elle à trois reprises. Ce fut comme une inspiration venue du ciel. C'était la vérité qui, suivant la parole du Sauveur, s'exprimait par la bouche d'un enfant. Le nom d'Ambroise et d'Ambroise évêque fut redit de toutes parts et fit retentir tous les échos. Un hommage imprévu était ainsi rendu à la gravité religieuse de son caractère et à l'impartialité qu'il avait su, à travers toutes les divisions, garder dans l'accomplissement de ses devoirs civiques. Ambroise seul dans tout l'auditoire ne pouvait comprendre et se refusait à croire ce qu'il entendait. Il témoigna une surprise et même une impatience dont l'expression put se lire sur son visage. On lui imposait, avec un honneur inattendu, un devoir dont le poids lui semblait écrasant. Bien que fidèle, dans ses moindres actes, à la loi de l'Église, il n'avait jamais résolu de se consacrer tout entier à son service. « J'appartenais au siècle, disait-il plus tard, et on voulait m'arracher à ses vanités. » Puis, suivant une fâcheuse coutume encore assez générale même dans les familles chrétiennes, il attendait l'heure de la mort pour recevoir le sacrement qui peut remettre les péchés de toute une existence. Il n'était donc ni baptisé, ni même encore catéchumène, et un règlement ecclésiastique défendait qu'un néophyte fût appelé à l'épiscopat. Une loi de Constantin interdisait également aux magistrats d'une ville de faire partie de son clergé, une double incompatibilité l'éloignait donc du poste où on l'appelait malgré lui.