Il voulut s'y dérober à tout prix et pour arrêter l'élan des populations, le meilleur moyen lui parut être de faire croire qu'il eu était indigne. C'était l'heure accoutumée de ses audiences judiciaires. De l'église il se rendit au prétoire et ayant à se prononcer sur une cause capitale, il traita l'accusé avec une dureté excessive et, contrairement à sa coutume, il ordonna qu'on le mît à la question. La foule qui l'avait suivi ne fut pas dupe de cette apparence. Faisant une application heureusement détournée de la clameur poussée par les Juifs devant le tribunal de Pilate : « Que votre péché, dit-elle, retombe sur nous » (Peccatum tuum super nos ); quelques-uns ajoutaient en souriant : « Ambroise, vous serez baptisé puisque vous ne l'avez pas encore été : le baptême remettra ce péché-là comme les autres ! » Le lendemain ce fut un nouvel artifice qui donna encore moins le change. Il fit entrer assez publiquement dans sa maison des femmes d'une réputation suspecte, qui n'en avaient jamais passé le seuil. Peine perdue : qu'Ambroise irrité eût pu se montrer trop sévère, à la rigueur on pouvait le supposer, mais Ambroise libertin, personne ne voulait y croire. Il chercha alors à s'échapper à ces instances obstinées par une voie tout opposée, mais moins invraisemblable et plus conforme à ses sentiments. Il y avait deux manières de se dévouer au service de l'Église, l'activité du sacerdoce et l'austérité de la vie religieuse. Ce fut ce dernier parti qu'un biographe contemporain appelle la " profession de philosophie", qu'il songea sérieusement a prendre. Il quitta Milan nuitamment pour aller chercher quelque solitude ignorée. Mais parti seul, à pied, sans guide, il s'égara dans les ténèbres et le matin, croyant avoir fait quelque chemin sur la route de Pavie, il se trouva qu'il était revenu aux portes de la ville ; il y fut reconnu, puis ramené à sa demeure, où, cette fois, on le garda à vue.