L'entraînement était tel que les évêques ne pouvaient se refuser à ratifier le choix populaire. Pour se servir des expressions d'Ambroise lui-même, la règle fut oubliée et l'émotion l'emporta. L'élection faite, rapport en fut adressé à l'Empereur qui n'hésita pas à l'approuver. Rien au fond ne pouvait mieux lui convenir que de voir l'autorité spirituelle mise aux mains d'un magistrat éprouvé qu'il avait choisi lui-même, et qui saurait mieux que personne en concilier l'exercice avec les vœux et les exigences de l'autorité politique. Pour lever tous les scrupules et mettre fin aux hésitations qu'Ambroise ne négligea pas de lui faire connaître, il lui écrivit de sa propre main en l'engageant à ne rien craindre, parce qu'il saurait s'y prendre, disait-il, de manière à lui garantir un épiscopat tranquille. Ordre fut en même temps envoyé au vicaire d'Italie de faire toute diligence pour que l'élection suivît son cours, quelque résistance qui y fût opposée de la part de l'élu ou de tout autre. Quand la lettre impériale arriva elle ne trouva pas Ambroise à Milan : il avait réussi, une fois encore, à échapper à la vigilance de ses gardiens, et était allé chercher un asile dans une maison de campagne appartenant à un de ses amis et où il espérait qu'on ne le découvrirait pas. Mais devant le commandement impérial, son hôte même se crut obligé de faire connaître sa retraite. La volonté de Dieu s'exprimant ainsi par l'accord des ministres de l'Eglise avec le peuple et l'Empereur, il fallut se résigner et se laisser faire. Ambroise n'obtint même pas, qu'entre le baptême et l'ordination, l'intervalle régulier fût observé : et huit jours seulement s'écoulèrent pour lui entre l'eau du baptême et l'onction du sacerdoce. Toute sa vie il eut regret et s'excusa de cette précipitation : « Voyez-le donc, disait-il en parlant de lui-même, cet homme que l'Eglise n'a pas nourri dans son sein, dont elle n'a pas instruit l'enfance, qu'on a enlevé au tribunal où il entendait retentir, au lieu des cantiques et des psaumes, les appels des officiers de justice. C'est lui qui est venu s'asseoir parmi les convives du banquet céleste. O Dieu ! veillez sur le don que vous lui avez imposé malgré ses résistances. »