Il ne perdit pas un jour pour se montrer digne de la confiance qu'il n'avait pas recherchée. Dès le lendemain de son élévation, sa vie, de grave et irréprochable qu'elle n'avait jamais cessé d'être, ne fut plus qu'un régime continu d'austérité, de privation et de pénitence. Il distribua aux pauvres tout l'argent qui était entre ses mains et leur assura la propriété de ses biens-fonds dont il laissa la jouissance à sa sœur Marceline, bien sûr de l'usage qu'elle en ferait. Elu par l'accord d'un troupeau divisé, il lui importait que cette unanimité ne fit illusion à personne sur la voie qu'il entendait suivre, et il envoya sur-le-champ une députation en Orient pour chercher et ramener avec honneur la dépouille mortelle de son prédécesseur, le confesseur Denys, mort en exil dans une cité obscure d'Arménie. Ce fut à l'illustre Basile de Césarée, la tête et la lumière de l'Eglise d'Orient, qu'il demanda de faire cette recherche, et Basile, en lui expédiant ce précieux dépôt, lui écrivit une épître éloquente pour lui donner une sorte d'investiture qui le plaçait dans le rang le plus élevé, mais aussi le plus périlleux des défenseurs de la foi : « Rendons gloire à Dieu, disait l'illustre évêque, qui sait, dans chaque génération, appeler les hommes dignes de son choix. Autrefois c'est parmi les bergers qu'il a pris le prince de son peuple, et d'Amos, le chevrier, il a fait un prophète en l'animant du Saint-Esprit : aujourd'hui il vient chercher, dans une ville royale un homme préposé au gouvernement de tout un peuple, placé parmi les premiers par l'élévation de son esprit, par l'éclat de sa race, de sa richesse et de son éloquence. Va donc, homme de Dieu, toi que le Seigneur a choisi du milieu des juges de la terre pour te faire asseoir dans la chaire des apôtres. Va combattre le bon combat, et guéris l'infirmité de ton peuple, s'il est atteint de la contagion de la folie arienne. »