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Marthe et Marie Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail

Homélie du 16ème dimanche du temps ordinaire C

Cette homélie méditative invite à rechercher comment recevoir le Christ en nous afin qu'Il nous reçoive en Lui.


La liturgie nous invite à méditer sur la manière de vivre du Christ.
Dans la première lecture, Abraham reçoit Dieu sans le savoir, avec respect. Nous voyons ce mouvement premier qui est de courir vers les trois visiteurs représentant la Trinité.
Sara enfantera Isaac selon l'annonce de ces visiteurs. Dieu demandera à Abraham la vie de ce fils en sacrifice pour éprouver la foi d'Abraham. Isaac sera la préfiguration du Christ qui s'offre aux hommes à la place des sacrifices animaux et selon la Volonté du Père.
Abraham va jusqu'au bout de sa Foi par crainte de Dieu. C'est la charité et la Sagesse qui guideront le restant de ses jours dans la vivante espérance de la Terre Promise. Nous voyons ici la réalité du chemin de la Foi qui, lorsqu'elle est sincère, conduit, à travers bien des épreuves, à l'Espérance et à l'Amour par l'abandon, la remise de soi à Dieu. Ainsi, nous devons être à l'image d'Abraham; recevoir Dieu à chaque instant de notre vie, de notre journée, lorsque la suggestion spirituelle de sa présence retentit subitement à notre esprit par des touches de l'Esprit Saint. De la même manière qu'en recevant Dieu chez lui Abraham a pu avoir un fils de Sara, nous pouvons recevoir le Christ en nous, l'enfanter dans nos coeurs, et son sacrifice vit alors en nous pour nous transformer en Lui.
Notre foi doit être vivante, réceptive, accueillante; elle doit laisser la porte de notre coeur ouverte afin de recevoir Jésus dans la simplicité. Simplicité ne signifie pas ingratitude, laisser-aller, manque de respect. La simplicité signifie confiance réciproque, désir de l'échange sans tabou, partage de saveurs spirituelles sans artifices aucun. Le Christ, qui possède le nom qui dépasse tout nom, est né dans l'anonymat de la crèche afin de s'incarner dans la simplicité, afin de rencontrer l'homme comme au jardin d'Eden, dans sa réalité originelle...
Cela nous conduit à porter notre regard sur Marthe et Marie. Cet Evangile est le prolongement de ce repas d'Abraham. Là aussi l'Ecriture nous projette dans la scène des préparatifs. Faut-il donc des préparatifs si importants pour recevoir un être cher ? La lampe allumée d'une amitié passionnée et passionnante ne suffit-elle pas à éclairer la simplicité originelle si savoureuse ? La réaction de Jésus veut justement porter Marthe à remettre sa lampe sur le boisseau, remettre la relation au centre de la rencontre, relation amicale et simple qui permet d'échanger cette eau de l'amitié qui ne donne plus jamais soif, qui échappe au temps... Recevoir cette vie surnaturelle qui vient de ressusciter Lazare,  mis en arrière plan de ce repas. Il faut garder la lampe allumée quand l'époux arrive inopinément, et non seulement allumer son coeur, sa lampe, lorsqu'on sait que nous allons recevoir celui-ci à nos communions. Tenir sa lampe allumée, ce n'est pas faire de grands préparatifs, être activiste dans la mission confiée. Recevoir le Christ, c'est être à l'écoute du Saint Esprit, disponible à la Grâce, partager avec Lui ces simples mets de notre faiblesse de coeur et d'âme comme Il a partagé avec nous, dans la simplicité, son Eucharistie, sa faiblesse divine qui est force de notre amitié avec Lui. Là où est la simplicité, là est l'humilité. Là où est l'humilité, là se dévoile notre faiblesse. Et là où paraît notre faiblesse, là agit la communion de cette faiblesse avec celle de Dieu. Lorsque notre faiblesse rejoint celle de Dieu, se dévoile alors notre grandeur et celle de Dieu, notre gloire et la sienne, notre véritable lien d'amitié avec Dieu. Ce ne sont pas les biens-portants qui ont besoin du médecin, ce ne sont pas les artifices qui nous relient à Dieu ou qui lui procurent la joie de la réception. Le Christ veut partager notre faiblesse, car c'est cela qui lui permet de montrer Sa Gloire dans la simplicité... Simplicité de sa manière d'agir, de guérir, d'accomplir ses oeuvres... Simplicité de son don caché à la croix dont la richesse de la pauvreté éclate aux yeux du croyant.
Nous comprenons alors la similitude de ce repas avec d'autre scènes évangéliques. A la Croix, le Christ réitère ce repas. Des deux larrons, d'après vous, n'y-en-a-t'il pas un qui a choisi la meilleure part ? N'est-ce pas celui qui a accueilli le Christ dans sa grande pauvreté ? Dans la scène de la femme adultère, qui a choisie la meilleure part ? N'est-ce pas celle qui a accueilli le Christ dans sa grande pauvreté ? Dans la scène des lépreux guéris, qui a choisi la meilleure part ? N'est-ce pas celui qui est revenu simplement vers le Christ pour lui témoigner sa reconnaissance ? (etc.) A tous ces êtres réceptifs et reconnaissants, la part ne leur sera pas enlevée. Ils ont mis leur être dans le coeur du Christ, dans un mouvement d'abandon simple, de détachement des apparences que l'on veut si souvent mettre en façade pour cacher ses lacunes. Nous ne sommes plus dans « l'être et paraitre » mais dans le « dis-paraitre, dé-paraitre » pour être un avec le Christ. Nous comprenons alors la seconde lecture et nous nous remémorons deux paroles importantes (qui résument cette lecture) pour engager ce mouvement de conversion et de réception : « Celui qui veut me suivre qu'il prenne sa croix... » et « Il faut mourir au péché pour vivre avec le Christ ». Le péché nous crucifie ? Lorsque nous paraitrons face au Christ nous regretterons de lui montrer les marques des clous dans nos mains, clous qui nous ont empêché de le servir dignement comme Marthe voulait le servir ? Nous lui montrerons les marques des clous dans nos pieds, clous qui nous ont empêché de courir à sa rencontre comme Abraham a couru à la rencontre des trois Visiteurs ? Mais le Christ nous dira « Tu t'inquiètes et t'agites pour bien des choses ! » Comme Marie dont le coeur est uni au mien, regarde la plaie de mon côté et regarde-toi en moi ! Ne vois-tu donc pas la marque sur ton côté de la lance de ma grâce sanctifiante qui t'a transpercée le coeur ? Tu as bu à ma source vive pour vivre simplement en moi. J'ai bu à ton coeur offert et ma soif à la Croix, ma soif de toi s'est épanchée. Moi aussi j'ai été crucifié vivant et la lance m'a transpercée le coeur après ma mort. Tu n'as donc pas compris ? Il fallait que je te montre le chemin pour me recevoir : porter ta croix, prendre conscience de ton péché et être crucifié par le péché afin que, mort à ton péché, tu me laisses te transpercer le côté (lance de la grâce du Très Haut). Ainsi ce n'est plus toi qui me reçois, mais lorsque tu m'accueilles, c'est moi qui te reçois. Viens et entre chez moi pour toujours, entre dans la joie de ton maitre, laisse ta vaisselle sale ! Tout ce qui est à moi est à toi, ma joie est ta joie et ta joie est mienne. Voilà l'accueil de l'âme dans l'éternité. Amen.

p.Yann


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