Ce mois-ci nous vous proposons une étude exclusive sur l'Apôtre Saint Jean. Avant d'aborder l'Evangile en lui-même, essayons de tracer la silhouette de Saint Jean à travers les traits disseminés au cours des récits des Evangiles.
Dans le quatrième Evangile, Saint Jean est designé comme le « disciple que Jésus aimait ».
Il est impossible de déterminer avec précision la date de naissance de Saint Jean. Cependant, il est encore en vie aux environs de 100. L'Apocalypse qui est aussi de lui, a dû être écrite sous sa forme définitive, sous le règne de Domitien vers 96, et l'Evangile a dû être écrit encore après. Il est donc vraisemblablement plus jeune que Jésus et même que les autres Apôtres.
Son père, Zébédée, était pécheur sur le lac de Tibériade; comme il avait sous ses ordres des mercenaires (Marc 1,20), on en conclut qu'il jouissait d'une certaine aisance. Cette conclusion concorde avec Jean 18,15, où il est dit que « l'autre disciple », c'est-à-dire Jean, était en relation avec le Grand Prêtre de Jérusalem.
Sa mère se nommait Salomé... Elle fût parfois identifiée avec la soeur de la mère de Jésus à partir du rapprochement de Jean 19,25: « Près de la Croix se tenait... la soeur de sa mère... » et de Marc 15,40: « Il y avait des femmes... et Salomé ». Puisqu'il y avait de « nombreuses femmes » (Mt 27/55), rien ne prouve que celle qui n'est pas nommée dans Jean soit précisément Salomé. Du reste, il y a quelques difficultés à faire de Jacques et Jean les « frères » du Seigneur (ses cousins) puisque Jésus lui-même nous dit que « même ses frères ne croyaient pas en lui » 7,5, à la différence des Apôtres.
Jean était Galiléen, comme les autres apôtres, sauf Judas. Le tempérament de feu qui lui valut, ainsi qu'à son frère Jacques, le nom de « fils du tonnerre », Marc 3,17, s'accorde assez bien avec ce que nous savons du tempérament galiléen, tempérament rude, à la foi et aux coutumes primitives. Ignorants des gloses de la tradition, ils gardaient la vieille foi simple en la lettre de la Loi. Aussi peu intéressés par la politique que par la philosophie, ils préféraient l'épée à l'intrigue et le travail à la spéculation.
La population galiléenne était mélangée. On y parlait presque autant grec qu'araméen. D'où l'union des caractères juif et grec que l'on trouve en Jean, et qui a conduit certains à cette conclusion que l'auteur du quatrième Evangile était un grec. Cette conclusion est insoutenable, car le mode de penser est beaucoup plus sémite que grec.
Jean fût de bonne heure le disciple du Baptiste. C'est sans doute lui qui, avec André, suivit le premier le Christ, dès que celui-ci eût été désigné par le Précurseur comme « l'Agneau de Dieu qui enlève les péchés du Monde » 1,35. Mais ce n'était qu'un premier contact avec Jésus : Jean retourna à ses filets et ce n'est que plus tard, au jour de la pêche miraculeuse, que Jésus l'appela, ainsi que son frère avec Pierre et André, pour en faire des « pécheurs d'hommes » Mt 4,18. Il est, avec son frère Jacques, totémisé par Jésus en « fils de tonnerre ».
Le tempérament bouillant des « fils du tonnerre » se manifeste en particulier en trois circonstances:
Lorsqu'ils empêchent un homme de chasser les démons : Marc 9,38.
Lorsqu'ils voulurent faire descendre le feu du ciel sur un village samaritain qui refusait de le recevoir : Luc 9,54.
Et enfin, lorsque leur mère, ayant demandé pour eux à Jésus les premières places, ils se déclarèrent hardiment prêts à boire le même calice : Mt. 20/20.
Une intimité particulière le liait à Pierre. On les voit souvent ensemble : Le Seigneur les envoie tous deux préparer le repas pascal : Luc 22,8. Au moment de la Passion, ils suivent tous deux Jésus jusque dans la Cour du palais du Grand Prêtre (Jn 18,15), mais Pierre, après son triple reniement, s'éloigne. Seul Jean restera au pied de la Croix.
Après la Résurrection, Pierre et Jean courent tous deux au tombeau. Leur amitié n'a donc pas été rompue par le reniement de Pierre. Un peu plus tard, lorsque Jésus confie au Chef des apôtres le soin de faire paître les brebis de son Père, Pierre se préoccupe de ce que deviendra Jean. Après l'Ascension, nous retrouverons Jean en compagnie habituelle de Pierre (Actes 3,4,8,14-25).
Dernier jalon dans le Nouveau Testament, il est à Patmos au moment où il reçoit la vision qu'il décrit dans l'Apocalypse (Ap. 1,9).
Il est certain qu'il a vécu à Ephèse un certain temps : Eusèbe de Césarée tient ce renseignement de Polycarpe, évêque d'Ephèse. Il aurait sans doute été accompagné de la Vierge Marie. En effet, il n'aurait pas été imaginable que celle-ci eût été laissée seule, après la dispertion des Apôtres, à Jérusalem, où sévissaient alors les persécutions. De plus, à la Croix, Jésus confie sa Mère à Jean, ce qui n'est sans doute pas une parole à portée immédiate uniquement, comme toute parole émanent du Christ.
Tertullien rapporte qu'il subit à Rome le supplice de l'huile bouillante, mais sans en souffrir aucunement.
Il serait mort aux environs de l'an 100, sans doute à ephèse.