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L'Eucharistie Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Tout d’abord, l’Eucharistie, pain de vie, pain des anges, pain des voyageurs. La sainte Ecriture nous présente une image frappante des effets le l’Eucharistie dans l’épisode du prophète Elie. Elie ne ressemblait guère à Nicodème ; c’était un homme d’une trempe merveilleuse. Cependant, un jour, découragé, fatigué du voyage et du ministère, las de la vie, il s’étend à terre et dans une invocation angoissé demande à son âme de mourir et au Seigneur de le laisser mourir : « Seigneur, prenez mon âme, parce que je ne vaux pas mieux que mes pères » (III Rois, XIX, 8). Dieu lui envoie, non pas la mort, mais ce « frère » de la mort qu’est le sommeil, à l’ombre d’un genévrier, Elie s’endort. A son réveil, il trouve près de lui un pain cuit sous la cendre, une voix lui dit : « Lève-toi et mange. » Dès qu’il eût mangé, cet homme épuisé, qui ne pouvait plus faire un pas, fût rempli d’une force inouïe et marcha encore quarante jours et quarante nuits, jusqu’à ce qu’il eût atteint le Mont Horeb, la Montagne de Dieu.
 Certains pères de l’Eglise ont vu là une image de l’Eucharistie. Dieu dit à l’humanité fatiguée : Lève-toi, repens-toi et mange de ce pain cuit sous la cendre des humiliations et des souffrances. Il te suffira de te laisser prendre et saisir par la force cachée sous sa douceur pour monter jusqu’aux sommets de la révélation et de l’amour.
 Si nous savions retremper nos âmes dans la fraîcheur divine de l’Eucharistie ! Nous avons pour elle de l’amour et du respect, mais pénétrons-nous à fond la douceur cachée dans cette force et la force cachée dans cette douceur ? Quelque « usé » qu’on soit spirituellement, il faut dire avec foi et avec amour : Domine, non sum dignus, sed tantum dic verbo et sanabitur anima mea. (Seigneur, je ne suis pas digne [de vous recevoir], mais dites seulement une parole et mon âme sera assainie.) Car, ne l’oublions pas, l’Eucharistie est un sacrement, donc un remède. Quand on est en pleine ferveur, il peut suffire de nous dire : Jésus est là, et de goûter simplement sa présence en nous. Mais quand on se sent plus profondément rempli et débordant de misère, il faut plus que jamais regarder l’Eucharistie comme un remède. « Si vos défauts, vos infirmités spirituels sont quotidiens, il faut que le remède soit quotidien », disait saint Ambroise. Remarquons bien cette raison de communier tous les jours à laquelle nous ne pensons pas assez, et que nous fait ici valoir le grand évêque de Milan. Dans les moments de lassitude où la route nous semble longue et dure, il faut aller au pain de Vie chercher la force afin de marcher sans s’arrêter, comme Elie, jusqu’à la montagne des révélations suprêmes. Supprimer l’Eucharistie dans les moments de découragement et de dépression sous prétexte de notre misère serait faire comme le malade qui refuserait les remèdes et le médecin sous le prétexte qu’il est trop malade.

 Dans un texte célèbre, saint Augustin nous dit : « C’est Dieu qui nous mange plus encore que nous ne le mangeons ; sa vie plus puissante emporte et absorbe la nôtre. Je suis la nourriture des grands, grandis, et tu me mangeras ; mais ce n’est pas moi qui serai changé en toi comme il en est de la nourriture de ta chair, c’est toi qui sera changé en moi », cibus sum grandium, cresce et manducabis me, nec tu me mutabis in te, sed tu mutaberis in me.

 L’Eucharistie produit toujours une grâce en nos âmes, mais son efficacité grandit avec nos dispositions. Chaque communion devrait être en nos âmes comme une naissance nouvelle, de plus en plus parfaite, en la vie divine ; chaque fois, nous sommes replongés dans le Sein de Dieu et nous en sortons plus enfants de Dieu qu’auparavant, en vertu de la causalité « physique » du sacrement. Une petite âme très bien disposée s’avance vers la sainte Table, au moment où elle reçoit le sacrement, Dieu l’engendre encore davantage, Dieu dit sur elle la parole toute-puissante : « Tu es mon enfant, tu l’étais déjà tout à l’heure, tu l’es davantage maintenant ; aujourd’hui, je t'engendre t’engendre plus parfaitement, et ton être surnaturel déjà existant, je vais le dilater et l’agrandir ; je fais plus : cette ressemblance que tu as avec moi, je vais la rendre ineffablement plus profonde et plus belle. » Et cette âme quitte la sainte Table ressemblant plus encore à son Père des cieux.

 Quand vous êtes accablées sous le poids du voyage, rappelez-vous que la sainte Eucharistie est faite pour les pauvres voyageurs, factus cibus viatorum. A cause de sa sainteté elle semblerait devoir être appelée plutôt le pain des anges, mais elle a été faite pour nous, pauvres hommes, ainsi que les autres sacrements et plus que tout autre sacrement. L’Eucharistie est parmi les autres sacrements ce qu’est le roi parmi ses courtisans, ce qu’est le soleil parmi les planètes qui gravitent autour de lui. D’ailleurs Jésus ne s’est incarné que pour nous, propter nos homines et propter nostram salutem descendit de coelis et incarnatus est.
Ayons toujours devant les yeux ce rôle si spécial de l’Eucharistie. Elle n’est pas seulement le pain des instants si rares et si courts de joie spirituelle, d’allégresse et de force, alors nous la recevons un peu comme le pain des anges. Mais elle est surtout notre grand secours dans les moments où nous ne sommes que de pauvres hommes écrasés sous le poids du voyage.

P. Dehau.
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