Se mettre sous le regard du Christ Voici dans cet Evangile que le Christ arrive à un point culminant de sa vie prophétique. Cette résurrection de la défunte, pour reprendre l'expression de Jaïre, un chef de synagogue, est ce signe de Jonas qui se prépare aux yeux du croyant. Jésus ressuscite la morte, comme l'avaient d'ailleurs fait les prophètes les plus marquants : Elie (1 R 17 17-24) et Elisée (2 R 4 18-37).
Nous avons plusieurs leçons à tirer de cet Evangile.
D'abord la guérison de l'hémoroïsse qui vient s'intercaler entre la délivrance des possédés de Gadara et la résurrection de la fille de Jaïre. Nous voyons plusieurs éléments qui donnent lumière à cet Evangile et en délivrent la substance spirituelle :
D'abord, cette femme est une pauvre femme, de condition modeste, elle n'ose même pas aborder Jésus de front mais sa foi la pousse à penser qu'en touchant la frange du manteau elle serait guérie et personne n'en saurait rien, pas même Jésus... pense-t'elle sans doute, puisqu'elle est ensuite surprise que Jésus découvre qu'une force est sortie de lui et qu'elle semble alors avouer -comme quelqu'un pris sur le fait- son intention. La femme reconnaît son geste (v.47 de l'Evangile de Luc). Cela contraste avec le chef qui aborde Jésus directement et sans crainte. Jésus suis le chef de Synagogue, et Jésus se retourne pour croiser le regard de la femme. Nous voyons bien que dans un cas comme dans l'autre Jésus ne fait pas de distinction, ce n'est pas la puissance de l'homme Jésus qui vient à la rencontre des malheureux, mais bien la faiblesse de Dieu qui ne résiste pas devant l'acte de Foi de ceux qui viennent à lui. D'ailleurs, il est intéressant de noter qu'il y a des contradictions dans l'Evangile selon l'Apôtre qui le rédige. Marc et Matthieu disent tous deux que c'est après que Jésus ait approuvé le geste de la femme en lui rétorquant «Aie confiance ma fille, ta foi t'a sauvée » (Mt(. 9,22) ou « (Ma) fille, ta foi t'a sauvée : va en paix et sois guérie de ton infirmité » (Mc 3,34) qu'elle fût guérie, alors que Luc dit que c'est lorsque la femme a touchée le manteau de Jésus que les hémorragies cessèrent. (Et d'ailleurs, en bon médecin, il évite de dire dans son Evangile que la médecine avait échouée à la guérir). Mais ce qui est intéressant dans cette contradiction voulue sans doute par l'Esprit Saint lors de la rédaction des Evangiles, c'est de constater le lien qui existe entre celle-ci et la faiblesse de Dieu qui saisit l'acte de Foi et y répond immédiatement par le don du Père par le Fils. Il importe finalement peu de savoir si c'est la parole du Fils qui guérie ou la foi de la femme qui attire la grâce du Très-Haut en premier lieu, puisqu'il n'y a pas de temps pour la Miséricorde. Ce qui est certain, c'est que la faiblesse de Dieu est plus forte que l'homme, et comment donc Dieu Lui-même n'aurait-il pas pu faire écouler les flots de sa miséricorde au regard de la foi de cette femme ? La foule ne semble pas avoir d'importance puisqu'elle n'est pas mentionnée dans l'Evangile de ce jour, mais pourtant elle en a quelque peu en ce sens qu'elle permet de montrer que Jésus distingue que ce n'est pas la foule qui a touché son manteau, ce qui serait tout à fait compréhensible tant elle est massée autour de lui, mais un fait particulier qu'il a aussitôt saisi. Et voilà que le regard du Christ se retourne et fronde sur la femme pour l'emporter désormais dans une nouvelle étape de la vie spirituelle, celle de la charité parfaite qui rend grâce à Dieu pour ses merveilles.
Jésus se rend ensuite chez la fille de Jaïre. Ici se révèle quelque chose de très important pour la vie spirituelle du croyant. Jésus impose par la puissance de son Verbe Incarné cette réalité qui échappe à la raison : « La fille n'est pas morte, elle dort. » Et ils se moquaient de lui, continue l'Evangile. On pourrait penser que le diagnostic de la foule est mauvais, que la fille n'est peut-être victime que d'une syncope ou d'une mort clinique. Mais cependant il y a un autre élément qui attire notre attention. L'Evangile nous dit en Marc (3,39), toujours par la parole de Jésus : « Pourquoi faites-vous du bruit et pleurez-vous ? » Jésus veut faire comprendre que les pleurs et les lamentations ne sont pas de circonstance, et il révèle quelque chose de merveilleux : la mort, ennemi le plus terrible de l'homme, n'est guère plus qu'un sommeil. Et Jésus commande à la mort : ce n'est donc pas ici en touchant qu'il ressuscite, mais en ordonnant par son verbe, et il commande à la mort comme aux flots déchaînés lors de la tempête. Jésus avait opposée la peur à la foi dans le récit de la tempête, et il renouvèle cette opposition de la peur de la mort à la foi du croyant, et l'avait prédit en disant au chef de synagogue : « ne crains pas ; crois seulement, et elle sera sauvée ». Et pour la femme hémoroïsse, il révèle que la peur est en opposition à la foi mais que la crainte est propice à ce que Jésus se retourne et consolide la foi par son regard particulier. Il est donc important de ne pas confondre la crainte et la peur, c'est ainsi que nous comprenons que la crainte est une vertu qui nous rapproche du Christ et attire son regard sur nous, alors que la peur empêche à la foi d'espérer et au miracle de l'Eucharistie de nous emporter dans la charité parfaite qui aime parce qu'elle possède déjà ce qu'elle espère tout en étant capable de faire cet acte d'amour sans voir encore véritablement ce qu'elle possède.
Ainsi, demandons au Christ de nous donner cette grâce de nous attacher à sa Croix et à ce qu'elle révèle en nous, c'est à dire en l'espérance de la Résurrection. Que les paroles de Saint Paul « notre vie est dans le ciel, d'où nous attendons comme sauveur notre Seigneur Jésus Christ, qui transformera notre corps d'humiliation, en le rendant semblable à son Corps Glorieux » soit notre seule espérance et notre fierté. Soyons heureux de notre propre bonheur, car le bonheur promis est le signe premier de l'espérance accomplie en nos âmes, espérance qui surpasse toutes nos misères humaines. Amen.




